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: 983,300
Y : Commune : Vence (06) Profondeur : -45 Développement : 70 Découvert en Octobre 1979 par le Groupement Spéléologique de Vence
Accès Description Essai de spéléogenetique Conclusion ACCÈS : Après environ 700 mètres, le sentier amorce une douce montée au niveau de mamelons lapiazés de calcaire Kimméridjien à patine sombre ; 100 mètres après le début de la montée, ignorer une bifurcation ( support rouillé de pancarte à gauche), continuer tout droit sur environ 250 mètres encore, pendant lesquels le GR monte toujours, suit à main droite une doline très allongée, et un petit bois de chênes à main gauche. Au sortir de ce bois et à la fin de la doline, le chemin redevient plat et une jolie clairière se présente à gauche ; Quitter le GR, traverser la clairière par une sente peu marquée sur une centaine de mètres, franchir le talus qui la limite et repérer un bouquet de trois vieux chênes dont l’un porte une grosse loupe caractéristique à sa base : Le trou est au sol, à 3 mètres 50 derrière les arbres. Son entrée non protégée est recouverte (actuellement) avec quatre vieilles planches pourries, qui constituent bien plus une alerte visuelle qu’une réelle sécurité ! Retour début DESCRIPTION
: Cet orifice donne sur un puits d’une dizaine de mètres qui s’élargit immédiatement sous l’entrée et prend l’allure d’une goulotte très déclive. L’amarrage de tête de puits se trouvant à moins un mètre, il convient d’équiper en main courante sur l’arbre (protège-corde nécessaire au niveau de la lèvre du puits) ; Deux spits opposés, décalés verticalement de 40 cm, permettent de poser un amarrage à main droite doublé par le spit à main gauche, ou, mieux, un Mickey très asymétrique. Attention : Ces spits, plantés dans de mauvais blocs passablement disjoints, sont d’une fiabilité douteuse ( L’un des spits a d’ailleurs fendu le bloc) et l’amarrage Mickey est vraiment préférable. Attention également : Trois mètres sous l’entrée, une strate fort délitée laisse échapper à la moindre sollicitation force parpaings, stationner sous l’entrée pendant que le copain descend n’est donc pas une très bonne chose... Corde 20 mètres, deux plaquettes, trois mousquetons et un anneau de sangle de 1m60 pour cette section.
A l’opposé de l’entrée et deux mètres plus bas, dans la paroi Sud de la salle, une niche très concrétionnée (choux-fleurs, excentriques, gours et micro-gours) donne sur une cheminée remontante (et un peu descendante, aussi, d’un petit mètre) dont l’escalade n’a aucun intérêt, sauf de pourrir les parois. Les plus beaux bouquets d’excentriques se trouvent sur la paroi Nord et dans la partie inférieure de cette cheminée. Dans certaines conditions météorologiques, un courant d’air ascendant indique une communication de la cheminée avec les parties supérieures de la salle. De retour dans la salle, il convient de désescalader le talus calcifié assez raide : De suite après la niche, sur la paroi Sud de la salle, noter des planchers stalagmitiques perchés à 1m50 dans un petit diverticule. On prend pied sur un dépôt de gélifracts très propres, noyant la partie inférieure des coulées et donc déposés postérieurement à leur formation.. En bas du talus, un certain Réré a laissé sur la coulée de calcite, assez discrètement il est vrai, son nom à la postérité. Un diverticule entre blocs part vers le haut et vers le Nord : Il mène immédiatement à une petite salle sans suite dont le plafond porte force jolies fistuleuses. A noter dans cette salle une petite curiosité géologique : Deux stalagmites inclinées, très anciennement brisées, et ressoudées en position d’équilibre précaire par la reprise du concrétionnement. Sur ce même bloc, coquille d’Escargot prise dans la calcite (nous sommes à -20 mètres !), indiquant que des flux relativement importants ont transporté dans la cavité des matériaux d’origine extérieure. A gauche, un autre massif stalagmitique spectaculairement fracturé atteste de tassements significatifs de l’ensemble. En bas, un boyau horizontal au sol de sable grossier d’aspect dolomitique part vers le Nord et mène à une petite verticale sans suite et sans intérêt. Tout le fond de la salle d’entrée semble en fait être occupé par un éboulis portant d’épais concrétionnements, et la suite de la cavité ressemble d’ailleurs à la traversée d’une grosse trémie : On y accède au pied du talus de la salle d’entrée, vers le Nord, par un ressaut descendant entre les blocs qui amène à un boyau étroit et oblique. Il est préférable d’équiper en main courante dès l’extérieur de ce boyau (anneau de sangle de 80 cm et anneau de sangle de 60 cm) car il mène immédiatement à un entonnoir de quatre mètres de hauteur dans des grèzes argileuses mêlées de blocs de toutes tailles, qui débouche verticalement au sommet d’un P14. Inutile de dire que planter un spit dans ce terrain est problématique, que le cheminement est hérissé d’arêtes, et équiper sans frottement est donc un exercice de style. Nous avons utilisé des sangles pour fractionner (deux anneaux de 80 cm et deux anneaux de 2m20), mais une option intelligente consisterait à planter deux spits dans un gros bloc déversé à main gauche en haut de l’entonnoir, puis à spiter sous la lèvre du puits. Il faut également insister sur le caractère particulièrement ébouleux de ce passage : Le moindre mouvement déloge des parpaings de leur gangue d’argile, et ils tombent directement dans le puits. Il est donc totalement conseillé d’attendre pour s’engager dans ce ball-trap souterrain que le copain aie eu le temps de dégager loin ! Corde de 30 mètres. A signaler dans cette trémie de gros blocs de calcite cristallisée (plancher stalagmitique démantelé), profondément enchâssés, qui prouvent encore que des éboulements et des mouvements de matériaux importants ont eu lieu dans cette cavité. Sous l’entonnoir, on débouche dans un très beau puits ou l’on retrouve la roche mère, portant les traces d’une corrosion hydraulique très active ; Toutefois la paroi Sud est recouverte sur presque toute la hauteur par une coulée stalagmitique ochracée très semblable à celles de la salle supérieure : Nous sommes d’ailleurs presque à son aplomb. Le bas de cette coulée est noyé par les blocs et les gélifracts qui comblent le fond du puits (sur quelle épaisseur ?). Au Sud, un peut explorer sur quelques mètres ce qui semble être l’amont d’un méandre, qui fut manifestement actif mais dont les parois sont aujourd’hui couvertes de calcite et le fond occupé par quelques gours. Au Nord, un boyau descendant permet de gagner quelques mètres mais se pince rapidement. Retour début
ESSAI DE SPELEOGENETIQUE PHASE N°1 : Cavitation. La première salle résulte de la coalescence de plusieurs cheminées ou puits en éteignoir (ça dépend par ou on les regarde...). L’ouverture vers l’extérieur de la cheminée la plus importante s’est manifestement créée à la faveur du décapage récent (à l’échelle géologique des temps) de l’épikarst. Nous avons d’ailleurs trouvé en surface, à une centaine de mètres, au pied du Pueï d’Arène, des fragments de plancher stalagmitique et de concrétionnement laissant supposer que des cavités très anciennes ont été démantelées lors de l’arasement de la surface topologique. Le creusement de ces puits est difficilement datable, mais les éléments karsténogénétiques postérieurs permettent de le supposer prudemment antérieur au Pliocène, peut-être à la fin du Miocène lors de la régression Messinienne (environ -6 millions d’années), période de creusement généralisé des zones de transfert vertical. La formation du second puits est manifestement liée à la hiérarchisation des conduits et à la concentration des écoulements, et il est probable que des conduits verticaux plus importants existent sous les remplissages du fond, au delà de la confluence avec le méandre de -39 mètres. Un développement de ces vides, postérieur au creusement initial, a pu se produire notamment à la faveur de l’activité du paléo-poljé du Plan des Noves, manifestement post-Pliocène : Le méandre se situe en effet 7 mètres sous le niveau de l’entrée du 157J1, assez proche, situé sur la faille limitant le horst du côté du Plan et présentant une belle morphologie de ponor... PHASE N°2 : Démantèlement de l’encaissant, création de l’éboulis. La présence, entre les cheminées au plafond de la salle, de surfaces infrastratiques atteste que ce volume s’est formé par le broyage de l’encaissant entre les puits supposés Miocènes, et par leur coalescence. Or, au Pliocène final (de -3,7 à -1,8 millions d’années), d’importants ajustements tectoniques ont provoqué dans l’ensemble du Sud-Est et particulièrement au sein des massifs chevauchants des Alpes Maritimes, des contraintes intenses aboutissant à la création de nombreux chaos souterrains caractéristiques, à méga-blocs cachetés postérieurement par d’épais encroûtements calcitiques. Il est raisonnable d’attribuer à cette époque la création de la salle et du chaos de blocs sous-jacent, qui présente cette morphologie particulière. PHASE N° 3 : Premier concrétionnement : Le coeur des stalagtites créées sur les plafonds post-Pliocènes est constitué d’une calcite blanche qu’on considère généralement comme caractérisant des écoulements actifs sur des sols peu rubéfiés et très végétalisés, donc sous climat relativement chaud et humide. Ce premier concrétionnement doit se situer entre le Pliocène Supérieur et le Quaternaire ancien (environ -0,7 million d’années), sans possibilité (pour nous) évidente de datation plus précise. PHASE N° 4 : Arrêt du concrétionnement, phase de fossilisation transitoire de la cavité : L’altération partielle en mondmilch des spéléothèmes atteste d’une phase assez durable d’arrêt des concrétionnements sous climat plutôt chaud et sec, non datable en l’état de nos observations, mais antérieure à la suite de l’évolution de la cavité. Forcément... PHASE N° 5 : Second concrétionnement : Généralement, dans le Sud-Est, on considère comme caractéristique de l’interglaciaire Mindel-Riss (-300 à -250 mille ans) la formation de gros massifs stalagmitiques et de volumineuses coulées de calcite. Il est raisonnable d’attribuer à cette époque les abondantes coulées calcitiques et les épais encroûtements de couleur brun-rouge que l’on observe partout dans la première salle, de la coulée de calcite du second puits, ainsi sans doute que la formation des deux stalactites postérieurement brisées dans le diverticule Nord. PHASE N° 6 : Phase de remplissage : Le petit plancher stalagmitique suspendu que nous avons fait observer dans la première salle (de formation plus tardive que les coulées de calcite attribuées au Mindell-Riss) atteste de la présence de volumineux remplissages postérieurs à la deuxième phase de concrétionnement : Il est probable que la glaciation de Riss (-250 à -140 milliers d’années) a vu une phase de comblement partiel de la cavité, pendant laquelle des flux importants ont piégé des remplissages cryoclastiques et argileux, dont les gélifracts bien lessivés de la partie inférieure de la salle, ennoyant en partie les coulées de calcite du Mindell-Riss sont peut-être un témoin (bien qu’ils pourraient également être attribués au Würm). Une grande partie de ces sédiments a évidemment été soutirée depuis, notamment les sédiments fins. Une phase semblable, alternant comblement et soutirage, a pu avoir lieu après la phase n° 7, au Würm. PHASE N° 7 : Troisième concrétionnement : De nouveaux dépôts de calcite brune, tels que le petit plancher stalagmitique suspendu et l’extérieur des spéléothèmes, viennent recouvrir les remplissages et les vieilles concrétions. Cette phase de concrétionnement peut être attribués avec beaucoup de vraisemblance à la période interglaciaire Riss-Würm (de -120 à -80 milliers d’années), ou, sous un climat tempéré à chaud entretenant un couvert forestier assez dense, la dissolution du calcaire et le lessivage de sols plus ou moins ferriques (terra rossa) favorisait un concrétionnement très coloré. Le " recollage " à leur substratum des deux stalagmites brisées et basculées peut être raisonnablement rattaché à cette phase. Il est en revanche difficile d’expliquer pour quelles raisons ces concrétions, datant probablement de Mindell-Riss, se sont brisées, et sont restées en quelque sorte en équilibre précaire en attendant leur " recollage " : On peut supposer qu’elles ont pu être prises dans une masse d’argile solifluante lors du soutirage des remplissages, ce qui expliquerait que les deux stalagmites soient inclinées dans la même direction. PHASE N° 8 : Quatrième concrétionnement : A cette phase, on peut rattacher toutes les concrétions jeunes de la cavité, souvent de type fistuleuse, généralement de couleur blanche et presque toutes actuellement actives. Il est raisonnable de faire débuter cette période après la lacune Würmienne, au Tardiglaciaire, et en particulier à l’Alleröd (-13000 à -10900 ans), période qui se caractérise dans le Sud-Est par un concrétionnement très blanc, formé sous climat humide et chaud entretenant un couvert forestier important sur des sols non rubéfiés. Une tentative de mesure de la croissance d’une fistuleuse dans une cavité du Tignet, faite par Gilli, Mangan, Delange, Larre et Evin, a permis d’avancer avec beaucoup de précautions et malgré les évidentes variations de vitesse de concrétionnement liées aux variations climatiques, un chiffre de un centimètre pour 600 ans. Avec les mêmes précautions, les fistuleuses les plus longues mesurant environ 25 centimètres, nous pouvons les dater de 15000 ans, plus ou moins un gros delta d’incertitude, ce qui corrobore assez bien notre positionnement pour la dernière phase de concrétionnement. Retour début CONCLUSION
: L’agrément de la marche d’approche, l’esthétique indéniable du concrétionnement, l’intérêt proto-historique du site (Des découvertes archéologiques importantes ont été faites dans l’éboulis au bas du puits d’entrée : Tessons de poteries datés du Bronze et, surtout, une belle épée en bronze avec un pommeau en os décoré, qui doit être actuellement exposée au musée des Merveilles, à Tende. On peut aller voir aussi, non loin, le Tumulus du Plan des Noves), en font à notre avis une sortie rapide, agréable, intéressante, propice à une première approche de la spéléologie, de la karstologie ou de l’archéologie. La plus grande prudence s’impose toutefois lorsqu’on évolue en équipe dans la cavité : L’ensemble est fort ébouleux, dès le puits d’entrée, et le second puits doit être considéré comme réservé à des spéléos prudents et avertis. Retour début |